Stress post-traumatique : généralités

Vous trouverez dans cette page des informations vous permettant de bien comprendre le risque d’exposition à des événements traumatiques et les conséquences possibles.

Veuillez noter que les termes Événement traumatique et Événement à potentiel traumatique sont utilisés sans distinction.

1. Qu'est-ce qu’un événement à potentiel traumatique?
2. Quelles sont les réactions possibles après un événement à potentiel traumatique?
3. Quelle est l’évolution possible des réactions et leur durée après un événement à potentiel traumatique?
4. Qu’est-ce que le trouble de stress post-traumatique?
5. Qu’est-ce que le trouble de stress aigu?
6. Est-ce que ces réactions de stress sont normales?
7. Quels sont les impacts et les conséquences du trouble de stress post-traumatique au travail et au niveau personnel?
8. Qu’est-ce que l’accumulation de microtraumatismes?

1. Qu'est-ce qu’un événement à potentiel traumatique?

C’est un événement durant lequel soi-même ou une autre personne (ex. : collègue, citoyen) aurait pu mourir, est mort, a été menacé de mort ou de grave blessure, a été gravement blessé, a été exposé ou menacé de violence sexuelle (référence : DSM-5).

L’exposition peut survenir d’une ou des façons suivantes :

  • Être exposé directement à l’événement.
  • Être un témoin direct de l’événement qui survient à un autre.
  • Être un témoin indirect (ex. : apprendre que l’événement est arrivé à un collègue ou à un proche, ce qui veut dire qu’un événement peut être traumatique même si vous n’êtes pas directement sur les lieux). Dans ce cas, l’événement doit avoir été violent ou accidentel.
  • Être exposé de manière répétée ou extrême aux détails horrifiants ou pénibles d’un ou plusieurs événements.

À titre d’exemples, comme pompier, les interventions suivantes ont un potentiel traumatique : mort ou blessures graves d’un pompier en devoir, explosion ou effondrement lors d’une intervention, embrasement généralisé, incapacité à sortir d’un édifice, désincarcération lors d’un accident automobile grave, mort d’un citoyen dans un feu, suicide d’un collègue.

De plus, en tant que premier répondant, le pompier est exposé à la souffrance humaine et à la détresse des citoyens et de leurs familles. Certains événements sont plus difficiles que d’autres comme ceux impliquant des enfants, l’arrêt cardiaque d’un bébé, une intervention lors d’un drame familial ou d’une tentative de suicide d’un citoyen.

Même si dans les interventions de premiers répondants, la vie du pompier n’est généralement pas directement en danger, il est témoin de la souffrance de l’autre. Malgré les soins apportés, certains citoyens ne pourront pas être sauvés. Le pompier peut alors se sentir démuni et être confronté à un sentiment d’impuissance ou d’échec. De plus, il peut y avoir un grand roulement d’interventions de premiers répondants et moins de temps pour décompresser entre chaque appel.

Dans les petites municipalités, le pompier pourrait aussi être amené à intervenir auprès d’amis ou de parents. Le fait de craindre pour la vie ou la sécurité d’un proche peut rendre une intervention traumatique.

Noter que l’exposition à un événement à potentiel traumatique pourrait mener ou non au développement d’un trouble de stress post-traumatique.

Il est important de mentionner qu’un pompier qui a vécu une intervention qui l’affecte ou le bouleverse, qu’elle soit traumatique ou non, devrait aller chercher de l’aide.

2. Quelles sont les réactions possibles après un événement à potentiel traumatique?

Ces réactions sont normales face à une situation qui est anormale.

Il existe une multitude de réactions possibles après un événement à potentiel traumatique. Celles-ci peuvent être présentes pendant quelques jours, plusieurs jours ou même se développer plusieurs mois après un événement. Il est aussi possible d’avoir vécu un tel événement, mais de ne pas développer de réactions.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’une intervention qui a un potentiel traumatique entrainera beaucoup d’informations à absorber par notre organisme au cours des jours suivants. Les réactions qui apparaissent reflètent cette tentative d’adaptation de notre corps et de notre cerveau.

Lors de l’événement, l’adrénaline secrétée par le système nerveux déclenche une série de réactions de survie. Ainsi, pendant ou après l’événement, un pompier pourrait :

  • ressentir des réactions physiques d’anxiété dues à la sécrétion d’adrénaline dans le corps comme : palpitations, hyperventilation, tremblements, souffle court, impression de manquer d’air ou sensation d’étouffement, étourdissements, douleurs thoraciques ou sensation d’oppression au niveau du thorax, picotements, difficulté à avaler, serrement à la gorge, jambes molles, etc.
  • ressentir des réactions de dissociation comme :
    • dépersonnalisation : impression de se « voir » en train de faire l’action, se sentir en dehors de son corps, s’observer d’en haut;
    • déréalisation : impression que les choses se déroulent au ralenti ou en accéléré; impression que ce qui se passe est irréel (impression d’être dans un mauvais rêve ou dans un film);
    • diminution de la conscience de son environnement : moins entendre les sons, moins voir ou amnésie de certains moments de l’intervention;
    • amnésie : ne pas se rappeler certains détails importants de l’intervention;
    • léthargie : être coupé de ses émotions et ne rien ressentir.

Les réactions de dissociation sont communes chez le personnel des services d’urgence étant donné qu’ils ne peuvent pas fuir physiquement les situations auxquelles ils sont exposés.

Certains pompiers pourraient ressentir d’autres types de réactions qui ne sont pas énumérées ci-dessus. Chacun réagit différemment, d’où l’importance de ne pas se comparer aux autres.

Dans les jours qui suivent, il est possible de continuer de ressentir des réactions et émotions très intenses. Toutes ces réactions sont des tentatives de l’organisme de s’adapter à l’événement.

Voici des exemples courants de réactions qui surviennent après un événement à potentiel traumatique, d’où l’appellation de réactions post-traumatiques :

  • Reviviscences : repenser souvent à l’intervention de façon involontaire, entendre les cris de détresse, avoir des flashbacks, y rêver, être bouleversé ou réagir avec des réactions physiques d’anxiété lors des rappels de l’événement.
  • Évitement : vouloir éviter d’y penser, d’en parler ou éviter tout ce qui rappelle l’intervention (lieu, personne, objet, situation, activité).
  • Hyperéveil : être irritable, demeurer en état d’alerte ou d’hypervigilance même si le danger est passé, anticiper certaines interventions, avoir des difficultés de sommeil, de concentration, sursauter, avoir un comportement autodestructeur.
  • Changements dans les pensées et l’humeur : se blâmer ou se remettre en question, être plus distant, s’isoler, avoir de la difficulté à ressentir des émotions positives, avoir moins d’intérêt, être envahi d’émotions négatives (peur, sentiment d’impuissance, culpabilité, honte, horreur ou colère), entretenir des croyances négatives exagérées face à soi ou aux autres (ex. : « je suis un mauvais pompier »).

Ces réactions peuvent changer au fil du temps. Les questions suivantes vous donneront plus d’informations sur l’évolution possible des réactions, mais retenons pour le moment qu’une personne pourrait avoir certaines de ces réactions sans pour autant être en trouble de stress post-traumatique.

De plus, l’exposition à un événement traumatique peut aussi engendrer d’autres conséquences, sans que ce soit des réactions post-traumatiques (ex. : anxiété, symptômes dépressifs, consommation de substances).

3. Quelle est l’évolution possible des réactions et leur durée après un événement à potentiel traumatique?

La durée des réactions varie pour chaque personne. Les réactions peuvent :

  1. durer quelques jours et s’estomper graduellement;
  2. persister dans le temps ou
  3. se développer des mois ou des années après l’événement.

Lorsque les réactions post-traumatiques persistent au-delà de 2 semaines ou sont dérangeantes, il est conseillé de consulter un médecin, un psychologue ou un psychothérapeute spécialisé en stress post-traumatique pour faciliter la prévention du trouble de stress post-traumatique. Si les réactions apparaissent des années plus tard, c’est aussi le moment d’aller consulter.

4. Qu’est-ce que le trouble de stress post-traumatique?

Il s’agit de réactions de stress qui durent plus d’un mois après un événement traumatique. Rappelons que ces réactions post-traumatiques peuvent être classées dans quatre catégories :

  • Reviviscences : repenser souvent à l’intervention de façon involontaire, entendre les cris de détresse, avoir des flashbacks, y rêver, être bouleversé ou réagir avec des réactions physiques d’anxiété lors des rappels de l’événement.
  • Évitement : vouloir éviter d’y penser, d’en parler ou éviter tout ce qui rappelle l’intervention (lieu, personne, objet, situation, activité).
  • Hyperéveil : être irritable, demeurer en état d’alerte ou d’hypervigilance même si le danger est passé, anticiper certaines interventions, avoir des difficultés de sommeil, de concentration, sursauter, avoir un comportement autodestructeur.
  • Changements dans les pensées et l’humeur : se blâmer ou se remettre en question, être plus distant, s’isoler, avoir de la difficulté à ressentir des émotions positives, avoir moins d’intérêt, être envahi d’émotions négatives (peur, sentiment d’impuissance, culpabilité, honte, horreur ou colère), entretenir des croyances négatives exagérées face à soi ou aux autres (ex. : je suis un mauvais pompier).

Même si ces réactions sont communes, elles sont souvent dérangeantes et peuvent nuire au fonctionnement. Les réactions post-traumatiques peuvent apparaitre dans les jours suivant un événement traumatique ou parfois plusieurs mois ou années après un événement traumatique.

5. Qu’est-ce que le trouble de stress aigu?

Il s’agit de réactions de stress qui durent au minimum trois jours et au maximum un mois après un événement traumatique. On retrouve les mêmes réactions que dans le trouble de stress post-traumatique soit les reviviscences, l’évitement, l’hyperéveil et les changements dans l’humeur.

La différence entre le trouble de stress aigu et le trouble de stress post-traumatique est simplement la durée des réactions, soit moins d’un mois dans le cas du stress aigu et plus d’un mois dans le cas du stress post-traumatique.

6. Est-ce que ces réactions de stress sont normales?

Oui, ce sont des réactions de stress normales face à une situation anormale. Même si les interventions d’urgence font partie de la réalité du travail des pompiers, ces derniers sont exposés à des situations qui peuvent sortir de l’ordinaire et qui peuvent être marquantes ou bien parfois, c’est l’accumulation d’interventions qui use.

Chaque type de réaction est une tentative de notre corps et de notre cerveau de s’adapter au stress vécu durant l’événement. Par exemple :

  • Avoir des reviviscences (revoir des images, y penser, y rêver) : permet d’assimiler, d’intégrer, de classer les informations de l’événement, de digérer émotionnellement le trauma.
  • Éviter d’y penser et d’en parler : permet de ne pas être en contact avec ce qui nous bouleverse; en évitant, on prend une pause temporaire d’émotions. À noter qu’à court terme, ne pas y penser ou ne pas en parler nous soulage, car on ne vit pas d’anxiété. Cependant, à plus long terme, il sera nécessaire d’y repenser et d’en reparler pour comprendre cette expérience et passer à autre chose.
  • Rester en état d’alerte et hypervigilant : permet de nous protéger d’un autre danger, comme un système d’alarme interne qui nous avertit du danger.

Rappelons que lorsque les réactions post-traumatiques persistent au-delà de deux semaines ou sont dérangeantes, il est conseillé de consulter un médecin, un psychologue ou un psychothérapeute.

7. Quels sont les impacts et les conséquences du trouble de stress post-traumatique au travail et au niveau personnel?

Le trouble de stress post-traumatique peut avoir des répercussions dans différentes sphères de vie. Lorsque le temps passe et que les réactions post-traumatiques persistent dans le temps, les conséquences sont multiples. Consulter rapidement un médecin, un psychologue ou un psychothérapeute aide à se rétablir plus vite.

Dans le cadre du travail, les personnes en stress post-traumatique peuvent s’absenter de façon prolongée. Si elles continuent de travailler, elles peuvent avoir de la difficulté à se concentrer sur leurs tâches, avoir des oublis, être dans la lune ou être moins alertes dans l’accomplissement des tâches, mais trop prudentes dans des interventions de routine comme si elles étaient hypervigilantes. Elles peuvent devenir plus anxieuses lorsqu’elles sont confrontées à des déclencheurs qui leur rappellent l’événement traumatique (ex. : intervention similaire, sirènes, bâtisse, coin de rue) ou vouloir éviter les situations qui leur rappellent l’événement. Parfois, les personnes travaillent davantage ou se tiennent constamment occupées pour éviter de penser.

Dans le cadre de la vie sociale et familiale, elles peuvent s’isoler par rapport au groupe de travail et dans la vie personnelle, avoir de la difficulté à ressentir du plaisir et moins d’intérêt pour les activités. Elles peuvent se détacher de leur entourage, ce qui peut mener à des conflits conjugaux.

Les personnes souffrant de stress post-traumatique peuvent avoir recours à divers moyens pour alléger leur souffrance, comme consommer de l’alcool ou des drogues. Malheureusement, ces moyens ne sont que temporaires et, à long terme, ils peuvent engendrer d’autres difficultés comme des problèmes de sommeil, de dépendances et entrainer des symptômes dépressifs.

La dépression peut aussi être une conséquence du stress post-traumatique. Parfois, les gens vont même jusqu’à penser au suicide.

Si vous reconnaissez l’une ou plusieurs de ces conséquences, parlez-en à quelqu’un qui peut vous écouter, allez chercher de l’aide auprès d’un médecin, d’un psychologue ou d’un psychothérapeute. Les ressources sont là pour vous aider.

8. Qu’est-ce que l’accumulation de microtraumatismes?

Un pompier sera exposé au cours de sa carrière à plusieurs événements à potentiel traumatique. Pour certains de ces événements, il est possible que l’intensité des réactions vécues interfère avec la capacité des personnes touchées de poursuivre leurs activités professionnelles, du moins pour un certain temps.

Un microtraumatisme, quant à lui, est un événement qui vient nous ébranler quelque temps, sans que nous y prêtions toute notre attention et nous continuions à faire notre travail (ex. : nous n’allons pas consulter, nous attendons que le temps passe). Une intervention difficile peut ne pas nous déstabiliser complètement sur le coup, mais le risque est l’accumulation au fil du temps. L’accumulation de plusieurs microtraumatismes au cours de la carrière use les capacités d’adaptation de tout être humain. Au fil du temps, notre bagage s’alourdit et notre carapace s’effrite.

Ce qui peut se passer lorsque nous avons une accumulation d’événements dans notre bagage :

  • Une intervention récente qui peut sembler banale en comparaison aux autres vécues en carrière peut nous marquer plus particulièrement parce que, cette fois-ci, nos capacités d’y faire face ont été épuisées par l’accumulation.
  • Une intervention récente peut nous rappeler d’anciens microtraumatismes qui ont été accumulés et non digérés au fil du temps. On peut ensuite avoir de la difficulté à continuer notre travail.

Dans tous les cas, c’est alors le moment de consulter pour aider à classer les événements du passé.

Pour de l’information complémentaire aux réponses abordées ci-haut, nous vous invitons à consulter les pages suivantes :

Je suis un pompier
Je suis un collègue (ou un représentant syndical)
Je suis un gestionnaire
Je suis un proche

Pour de l’information sur les actions à mettre en place pour prévenir le trouble de stress post-traumatique, nous vous référons à la page Programme de gestion globale des événements traumatiques au travail.

Pour en savoir plus

Si vous êtes intéressés à en apprendre plus sur le stress post-traumatique, il existe différents documentaires qui ont été faits pour les milieux d’urgence.

Le site First Responders First du Public Services Health and Safety Association contient de nombreuses informations spécifiques aux premiers répondants.

Si vous avez vécu un événement traumatique, ce livre, écrit par une psychologue spécialisée en stress post-traumatique, pourrait vous intéresser :
Brillon, P. (2017). Se relever d’un traumatisme. Réapprendre à vivre et à faire confiance (5e éd.). Montréal, Québec : Les éditions Québec-Livres. Repéré à http://www.editions-homme.com/se-relever-traumatisme/pascale-brillon/livre/9782764026236