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Prévenir des accidents en gérant les équipements motorisés

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Deux exemples

Plusieurs villes et municipalités réalisent les avantages de faire une gestion de leurs équipements motorisés. Il y a, bien évidemment, des gains pécuniaires à réaliser, mais qu’en est­-il des gains au chapitre de l’élimination des dangers pour la santé, la sécurité et l’intégrité physiques des travailleurs? Moins évident, mais pas impossible. Deux villes en font la démonstration : Québec et Sorel-­Tracy.

L’APSAM a rendu visite à Jean Perron, directeur du service de la Gestion des équipements motorisés, et à David Gagné, ing., directeur des Travaux publics. Deux villes, deux univers fort différents rien que par la taille de la ville, celle des effectifs, celle aussi de la flotte des équipements motorisés, mais des gains dans les deux cas. 

QUÉBECSOREL-TRACY
Population498 062*34 308*
Superficie451,79 km2*56,58 km2*
Nb. d'équipements motorisés2 500 (approx.)100 (approx.)
Nb. d'employés180 cols bleus et blancs, dont 20 cadres50 cols bleus
* Source : Répertoire des municipalité du Québec

À Sorel­-Tracy, la gestion de la flotte des équipements motorisés est apparue vers 2003, alors qu’à Québec, selon les souvenirs de Jean Perron, la Ville a toujours géré sa flotte. Jean Perron résume ainsi les gains résultant de la gestion des équipements motorisés : «Gérer une flotte d’équipements motorisés, c’est réaliser des économies et ça, c’est un gain pour les citoyens de la ville, dit­-il. C’est aussi doter la ville d’équipements plus sécuritaires et ça, ce sont nos employés qui en bénéficient directement», ajoute­-t-­il.

David Gagné ajoute : «Chez nous, la gestion des équipements motorisés a un effet direct sur les achats. Par exemple, dit-­il, le budget pour nos achats de pièces a diminué de 25 % au cours des cinq dernières années. Nous faisons moins de réparations, mais plus d’interventions préventives et nos employés sont assurés d’utiliser des équipements en bon ordre.»

Bien sûr, nous pourrions ajouter que moins d’incidents et d’accidents peuvent se traduire par moins de pertes de temps et une réduction du montant de la cotisation à la CSST, mais attardons­-nous sur les gains pour les employés.

Tant David Gagné que Jean Perron illustrent la gestion des équipements motorisés en dessinant un triangle dont chaque pointe correspond à un intervenant concerné.


Jean Perron,
directeur du service de la Gestion des équipements motorisés de Québec


David Gagné, ing.,
directeur des Travaux publics de Sorel-Tracy

Jean Perron et David Gagné expliquent : les besoins de l’utilisateur ont une incidence directe sur le coût d’acquisition d’un véhicule et sur le montant des réparations. Par exemple, un camion incendie est un véhicule beaucoup plus complexe qu’une voiture utilisée pour se rendre faire des inspections. Le premier équipement est donc plus complexe, doté d’équipements sophistiqués; il coûte plus cher à l’achat et en entretien. La gestion de tous ces équipements (incluez les Zamboni et les tracteurs pour tondre le gazon) nous amène à réaliser un équilibre entre les besoins, les priorités et les préoccupations de chacun des groupes concernés.

Moins d’accidents?

Commençons par ce qui semble évident. Des équipements motorisés bien entretenus, c’est­-à­-dire soumis à un programme d’entretien préventif, incluant des inspections programmées selon différentes fréquences, risquent moins de briser ou de provoquer des accidents. Gain pour les employés.

Des équipements renouvelés en temps opportun, lorsqu’ils approchent la fin de leur vie utile, telle que déterminée par les gestionnaires, éliminent des risques dus à la vétusté des véhicules et des pièces mécaniques. Encore un gain. Des équipements neufs, munis des derniers équipements technologiques mis au point en fonction de leur rendement, mais aussi de la sécurité et du confort des opérateurs, sont plus sécuritaires pour les opérateurs. Autre gain.

Allons plus en profondeur maintenant et examinons comment une bonne gestion des équipements motorisés peut contribuer à éviter des accidents. David Gagné et Jean Perron ont choisi le même exemple, à peu de choses près. Prenons un camion qui doit transporter plusieurs outils permettant aux cols bleus de faire une intervention. Imaginons un camion dont la boîte ne contient pas tous les rangements appropriés au type d’outils et d’équipements à transporter. Il y a de fortes chances qu’arrivés à destination, les cols bleus retrouvent une partie des outils sur le plancher, d’autres en équilibre précaire, etc. À Sorel­-Tracy, David Gagné attache une importance particulière à l’aménagement sécuritaire des camions au point d’en faire des conditions dans les appels de propositions.

Daniel Lauzon, chef mécanicien et David Gagné

À Québec, Jean Perron vise à normaliser l’aménagement de certains camions. Par exemple, pour la signalisation des travaux de courte durée, la nouvelle ville de Québec devait composer avec six types de camions, six façons de faire et des équipements fort différents, conséquence des différentes méthodes de travail. Jean Perron a formé un comité d’usagers qui a eu pour tâche de définir une méthode de travail unique, acceptable par tous, et de choisir les équipements destinés à accomplir ce travail. Cela a eu des incidences sur les achats, mais les cols bleus appliquent désormais une seule méthode de travail et les mêmes règles de sécurité. Les camions disposeront des mêmes équipements, rangés de la même façon, et la Ville en fera sans doute des conditions dans ses futurs appels de propositions.

Prenons maintenant un camion­-benne utilisé pour l’épandage du sel ou du sable. Au fond de la benne se trouve une courroie sans fin. Cet équipement peut occasionner des accidents. À Québec, on exige l’installation d’une grille pour recouvrir la courroie sans fin.

Un dernier exemple? Lors de notre passage dans la Capitale­-Nationale, le Journal de Québec rapportait que certaines autos­-patrouilles du service de la police seront dotées de nouveaux sièges conçus spécialement pour tenir compte du lourd ceinturon chargé d’équipements que portent les policiers et policières à leur taille. La ville de Québec a lancé un projet pilote qui consistait à concevoir une nouvelle banquette plus ergonomique et mieux adaptée à cet équipement particulier. Environ 160 patrouilleurs ont été consultés et le comité de santé et de sécurité a participé à toutes les étapes. La nouvelle banquette sera mise à l’essai pendant six mois et la Ville espère qu’elle permettra de réduire les maux de dos qui peuvent être causés par le port du ceinturon. Si les résultats sont concluants, la nouvelle banquette pourrait être installée dans toutes les autos­-patrouilles et, bonne nouvelle, la durée de vie utile de cette banquette dépassera celle des voitures. «Nous espérons qu’une banquette sera réinstallée dans au moins deux autos­-patrouilles, voire même trois», déclare Jean Perron.

 

Et les outils pour faire la gestion des équipements?

Ces outils sont bien sûr informatiques, comme on s’en doutait. Les villes peuvent faire l’acquisition de logiciels spécialement conçus pour faire la gestion des équipements motorisés. Les villes de plus petite taille peuvent développer leurs propres applications. À Sorel­-Tracy, David Gagné travaille avec un classeur à anneaux qui contient tous les renseignements sur les équipements motorisés de la Ville. À la base, il a utilisé le programme Excel de la suite Microsoft Office pour concevoir une fiche pour chaque équipement et y consigner tous les renseignements pertinents.

Jean Perron utilise pour sa part un logiciel spécialisé, intégré aux achats et aux services financiers de la Ville. Ce logiciel a été enrichi au fil des années en fonction des besoins particuliers à Québec. Dans tous les ateliers (il y en a 12 à Québec), on retrouve des écrans d’ordinateur et des terminaux (voir photo) qui sont utilisés par les employés. Le logiciel offre plusieurs applications. Par exemple, il enregistre la consommation d’essence de chaque équipement chaque fois qu’on fait le plein; il note aussi les distances parcourues. Ces données sont essentielles au déclenchement d’alertes relatives aux inspections programmées.

David Gagné a aussi son système d’alerte relié à la consommation d’essence et aux kilomètres parcourus par chaque équipement motorisé. Ce système permet à Daniel Lauzon, chef mécanicien, de consigner sur un tableau les entretiens et vérifications à faire sur les équipements. Simple mais efficace, ce tableau comporte des boutons dont les couleurs correspondent à des travaux. Un bouton rouge signifie qu’il faut faire l’inspection d’un véhicule et installer la vignette PEP (Programme d’entretien préventif). Un bouton jaune spécifie la date de la prochaine inspection. Un bouton vert avertit que l’inspection a été faite; en d’autres mots, c’est la date de la dernière inspection.

Des gains à plusieurs niveaux

Les élus municipaux s’efforcent de réduire les dépenses pour les contribuables, en d’autres termes, de gérer de façon efficace et efficiente les taxes versées par les citoyens. Gérer les équipements motorisés est une façon parmi d’autres de le faire. Mais n’oublions pas qu’éliminer les risques d’accidents pour les employés d’une Ville, c’est aussi agir sur les coûts. Et ça, non seulement les citoyens approuveront, mais les employés apprécieront l’effort pour leur offrir les meilleures conditions de travail. Par conséquent, tout le monde y trouve son compte.